Bangkok, à oublier et à retenir

La plénière vide, les délégués s'en sont allés
A présent que la conférence de Bangkok est finie, il est temps de tirer des premières conclusions sur ces dernières discussions. L’exercice de conclusion n’est jamais très aisé et surtout parfaitement subjectif. Je tacherai en quelques points de vous résumer les objectifs de cette conférence, son issue et enfin, les points marquants à signaler et à retenir.
Bangkok avait pour vocation, comme Bonn III au mois d’août (1) de réduire le texte de négociations, jusqu’à présent, le principal texte avait en effet la capacité de donner une sérieuse migraine aux plus aguerris des négociateurs. Sa taille, son incohérence, ses parties et sous-parties sans limites rendaient impossible tout travail de négociations, qui doit se faire sur la base d’un texte sain. Enfin, le second objectif de Bangkok était de mettre à jour, une fois le texte nettoyé les principaux points sur lesquels les Etats devront se mettre d’accord, et donc les points qui fâchent ou qui du mois prêtent à discussion. Sans que ces discussions ne deviennent politiques, il s’agissait simplement de dire : « ici, nous ne sommes pour le moment pas d’accord ; questionnons nos gouvernements pour savoir avec quelle latitude nous pouvons négocier ». Le deuxième objectif découlait nécessairement du premier, car il fallait un texte propre et lisible pour pouvoir avancer.
Sans que l’on puisse dire que Bangkok ait été un succès, il apparaît clair que pour l’aspect strictement technique des négociations, on a avancé. Le texte principal a perdu presque une centaine de pages, et des parties plus claires par thématiques sont apparues. Ce nouveau texte est une série de non-papers (merci le jargon international), sorte de documents martyrs servant à présent de base à la négociation. Cependant, bien que le processus soit enclenché, il se pourrait que l’on manque de temps. La semaine barcelonaise devra permettre de réduire encore le texte puis on entrera directement dans le dur de Copenhague et les difficiles négociations ; l’échec de Bonn III (au mois d’août), la semaine perdue pourra se faire ressentir à ce moment-ci.
Concernant la mise en évidence des points de divergence entre les parties à la convention, il faudra encore attendre un peu. Le texte issu de Bangkok n’était pas encore assez clair pour que des points clairs et précis puissent être dégagés, même s’ils commencent à être connus.
Les points de divergence politique ont été les points forts de ces deux semaines thaïlandaises. Deux événements principaux sont à signaler à ce sujet, le premier concernant cet « accrochage diplomatique », le premier jour des négociations entre l’Inde et les USA. Dans son intervention, Jonathan Pershing, pour les USA, avait proposé d’imposer de nouvelles conditions à la Chine et à l’Inde qui se sont empressées de réagir pour faire connaître leur indignation. De plus, les États-Unis toujours, en début de deuxième semaine, ont fait une intervention lapidaire contre le protocole de Kyoto et la volonté américaine d’en terminer avec ce protocole le plus tôt possible. Encore une fois, le G77 et surtout la Chine s’est empressé de réagir en affirmant que « les pays riches voulaient abolir le protocole de Kyoto ». Pour beaucoup d’observateurs des négociations, ces deux annonces américaines ont vocation à éviter que l’on parle des vrais sujets et principalement de ceux qui fâchent pour les américains c’est-à-dire des réductions des émissions et du financement de l’adaptation aux changements climatiques. Pour ces deux points, les USA ne sont pas prêts et les négociateurs américains, ainsi que les ONG américaines ont peur de froisser le Sénat américain qui travaille en ce moment même à la création du « Paquet Climat Energie » américain. De manière plus imagée, ce sont cent vieux sénateurs américains qui tiennent en leur main l’avenir de l’Humanité.
Il convient également de parler de l’Union Européenne qui s’est presque fait remarquer par son absence. Une déclaration de temps à autre pour rappeler sa position prise en décembre 2008 à Bruxelles, une défense contre les attaques de l’Afrique du Sud quand cela fut utile. Mais pour le reste, nous européens fûmes totalement inaudibles. Peut-être étions-nous simplement masqués sous le concert d’applaudissements mérités des japonais et surtout des norvégiens qui en annonçant leurs nouveaux objectifs de réductions des émissions (respectivement 25 et 40%) ont étouffé toute prétention européenne. La fierté des japonais et des norvégiens, qu’ils soient délégués officiels ou ONG dans les couloirs du centre de conférence dénote avec l’attitude de nos délégués européens qui longent les murs.
Mesdames et Messieurs les gouvernants d’Europe, aidez-nous à être de nouveau fiers d’être européens, soyez ambitieux !
(1) Bonn III au mois d’août, qui fut pour le coup un réel échec.
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Benoit
About the author
Florent Baarsch
Writing on adaptation to climate change. Sometimes blogger @lemondefr following #UNFCCC #climate negotiations.




