Qu’une question de milliards
Posted on 19. Oct, 2009 by Florent Baarsch in France
Aujourd’hui, c’est la journée mondiale du refus de la misère. Date exceptionnelle pour les médias qui pour une fois dans l’année s’intéressent à la vie de presque la majorité de la population mondiale. Aujourd’hui, on ne parle plus richesse indécente, excès en tout genre ou bien encore descendance bien née ; aujourd’hui, l’austérité prend une place majeure, rassurez-vous, aujourd’hui seulement.
Bien que comparaison ne soit pas raison, il convient tout de même de s’amuser à croiser quelques chiffres, tous tombés ou rappelés cette semaine.
Le premier est celui du nombre de personnes vivant sur Terre dans un état de mal nutrition, quelque un milliard de terriens vivent dans cette situation. Les plus gros bataillons de ces hommes, femmes et enfants se répartissent principalement en Afrique sub-saharienne, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud. Quand on se souvient de ce dernier rapport écrit par le World Food Program (rapport à paraître dans les prochaines semaines) concernant les conséquences des changements climatiques sur l’accès aux ressources alimentaires, on a les milliards qui tournent dans notre tête. Entre 10 et 60% d’augmentation, soit de 1,1 à 1,6 milliards de terriens pourront être affectés.
Le second est celui du coût de l’adaptation aux changements climatiques, celui pour lequel nous allons nous battre à la fin de cette année à Copenhague. Et même si l’on prend le chiffre donné par la Banque Mondiale, qui est dit faible par les ONG, il faudrait déjà presque 100 milliards de dollars par an d’ici 2020. Un chiffre encore une fois qui donne le tournis. Mais surtout, il ne faut pas oublier que si cette somme n’est pas versée rapidement et efficacement, les populations déjà soumises à des conditions de vie précaire le seront encore plus dans les prochaines années. Ne pas subvenir rapidement aux besoins de l’adaptation ne contribuera qu’à lancer toujours plus vite plus d’habitants vers cette barre des 1,6 milliards de terriens vivant en état de mal ou de sous nutrition. Et pourtant, la plupart des pays de l’annexe I, ceux qui auront à payer les coûts de cette adaptation, du fait de notre responsabilité historique, refuse et négocie à la baisse ce chiffre. Nous sommes responsables, nous ne voulons pas payer pour cette responsabilité. Comment accepterons-nous dans 20 ans, 30 ans, notre responsabilité vis-à-vis de ces presque 2 milliards d’habitants ne vivant pas, mais survivant chaque jour à la recherche d’un repas ?
Le troisième, au regard des deux premiers vient stupéfier, glacer, interloquer, choquer. Cette semaine, les grandes banques américaines ont annoncé qu’elles allaient verser des bonus à leurs employés d’une valeur cumulée de quelques 140 milliards de dollars. Oui, 140 milliards de dollars (1).
Sans qu’il n’y ait de réels rapports entre ces différents chiffres, cet article n’a que pour vocation à nous réfléchir sur la façon dont nous allouons les ressources, la façon dont nous priorisons nos objectifs. Assurer le présent de populations déjà précarisées ? Contribuer à prévenir des crises sociales, économiques et environnementales futures encore plus importantes que celles que nous vivons à l’heure actuelle ? Ou bien donner toujours plus à ceux qui ont déjà trop ? Les questions liées aux changements climatiques sont intimement liées à celles d’équité, de justice. Tant que nos sociétés seront incapables de faire d’un minimum d’éthique et de justice inter et intra – générationnelle, la résolution des problèmes climatiques sera malheureusement impossible.
(1) en écrivant cet article, j’ai été saisi d’un doute, ai-je bien compris ? 140 milliards de dollars ? Ce après quoi, je me suis empressé de consulter le site du Wall Street Journal, pour lire cette froide confirmation : 140 000 000 000 $. Article du Monde à ce sujet.






