La crise est finie | The crisis is over
Posted on 04. Nov, 2009 by Florent Baarsch in France

Comment tout a commencé : Session sur le Protocole de Kyoto suspendu
Ces dernières 24 heures furent les plus incroyables de ma vie de « suiveur de négociations ». Je suis les négociations depuis bientôt un an et jusqu’à présent, nous allions de groupes de contacts en plénières et de plénières en groupes de contact. Hier soir, le ton a changé, l’un des groupes qui jusqu’à présent était plutôt discret à taper du poing sur la table et a quitté les négociations. L’Afrique, a hier quitté la salle des négociations sur le protocole de Kyoto et a demandé l’arrêt de tous les groupes de travail attenant aux protocoles de Kyoto tant qu’une condition unique et simple ne soit pas remplie.
Les pays africains ont fait preuve d’un courage assez exceptionnel en quittant hier les négociations et en affirmant qu’il n’y reviendrait pas avant que les pays de l’annexe I (ou du Nord, ou industrialisés – ceux devant réduire leurs émissions) n’aient annoncé des objectifs de réduction d’émissions compris entre 25 et 40% à l’horizon de 2020. Cette annonce faite par le délégué de la Gambie, au nom du groupe africain a totalement semé le trouble dans le centre de conférence et tous les délégués sont tombés dans la plus totale expectative.
A présent que toute l’agitation est retombée, il est temps de s’interroger sur les raisons et surtout les conséquences de cette sortie de salle des négociateurs africains. Sans aucun doute, cet événement va laisser de sérieuses traces dans le processus, et en a déjà modifié le programme.
Voici quelques raisons pour lesquelles les négociateurs africains, certaines sont strictement officielles d’autres ont juste la valeur de rumeur persistante dans le centre de conférence et une autre est une pure interprétation personnelle.

Conférence de presse des pays Africains - explication de la sortie des négociations
Sans vouloir couper les cheveux en quatre, l’une des raisons pour lesquelles ces dernières 24 heures furent ce qu’elles sont fut pour les pays africains d’arriver à la fin annoncée. Il s’agissait clairement de demander aux pays développés d’une part d’augmenter leur niveau d’ambition dans le processus mais également de demander un certain nombre de clarification sur la façon dont on va réduire les émissions. En effet, il faut savoir que pour réduire les émissions, il existe deux façons : d’une part les réductions domestiques et d’autre part et dans un langage très simplifié « les achats de permis de polluer par le biais de certains mécanismes » (rentrer dans l’explication serait trop long ici et n’est pour le moment pas le sujet). Les pays d’Afrique demandent à ce que les pays développés aient une ambition de réduction comprise entre 25 et 40% pour 2020 et que toute cette réduction soit effectuée de manière domestique, à la maison et pas en achetant des permis d’émissions.
L’autre raison, est elle plus diplomatique. C’était la dernière occasion pour l’Afrique de s’affirmer comme un joueur important de ce processus. Jusqu’à présent, toutes les négociations se focalisent sur quelques acteurs, l’Union Européenne, mais surtout les USA, l’Inde et la Chine. En dehors peu de place pour les autres et encore moins pour les pays africains, oubliés de ce processus. Les prochaines rencontres bilatérales vont uniquement concerner : les USA avec la Chine, puis l’Inde et avant cela l’Union Européenne. Une rencontre USA ou UE – Afrique a-t-elle été prévue ? Non, aucune. L’Afrique premier continent touché par les changements climatiques en est le premier oublié. Et aujourd’hui, ils ont voulu aussi rappeler qu’ils étaient dans les négociations et étaient un joueur important.
Enfin, la raison inquiétante qui a couru toute cette journée dans les couloirs du centre de conférence portait sur le fait que l’Algérie actuellement présidente du groupe africain aurait voulu ralentir le processus de négociations. Pourquoi ? Parce que l’Algérie est un pays pétrolier, membre de l’OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole) et pour cette organisation, avoir un accord qui conduirait à réduire les émissions de gaz à effet de serre contribuerait à tuer la poule aux œufs d’or en réduisant la consommation mondiale de pétrole. Tout le monde a aujourd’hui confirmé cette rumeur sans que l’on puisse réellement dire que c’est à cause de l’Algérie. Si tel est le cas, ce serait vraiment décevant de voir de quelle manière certains pays sont prêts à en manipuler d’autres pour des raisons économiques et purement nationales.
A présent que l’on entrevoit un peu plus clairement les causes de la crise de ces derniers jours, il est surtout de s’intéresser aux conséquences qu’aura ce jour d’indétermination et cette sortie remarquée des négociateurs africains. En effet, ce n’est pas seulement la sortie qu’il faut observer mais également sur la place de l’Afrique dans le processus.
Tout d’abord, la première conséquence est que pour les trois prochains jours de négociations, 60% du temps consacré aux négociations sur le processus de Kyoto va être consacré à la discussion sur les objectifs de réduction d’émission. Ce qui est intéressant, mais en même temps, l’impact de la mesure va rester tout relatif dans la mesure où les négociateurs ne sont que « des petits soldats » au service de leur gouvernement. En conséquence de quoi, ils ne peuvent prendre de position au nom de leur gouvernement. Par rapport à cela, un délégué allemand assis juste en face de moi m’a juste dit que tout cela était ridicule et qu’avoir un accord à Barcelone sur les chiffres était impossible. Les discussions de ces trois prochains jours vont donc être particulièrement intéressantes à observer.
Deuxièmement, et c’est peut-être l’une des plus importantes nouvelles de cette sortie de salle, c’est que l’Afrique s’affirme réellement comme un groupe dans ces négociations. Jusqu’à hier, le continent entier était oublié maintenant il apparaît comme un vrai groupe sur lequel il faudra compter à Copenhague.
Enfin, la dernière conséquence de cette sortie est le signal clair donné à l’ensemble des gouvernements et des négociateurs que nous sommes enfin entrés dans un vrai processus de négociations. Nous ne sommes déjà plus à Barcelone, mais déjà dans la première – longue – semaine de Copenhague.

Le délégué de la Gambie reprend la parole au nom de la Gambie - la crise est finie
A voir la joie des délégués africains ce soir à la sortie de la plénière sur le Protocole de Kyoto, on comprend aisément qu’ils ont réussi à jouer une grand coup de diplomatie internationale. Lors de la plénière qui vient de se terminer à l’instant aucun pays de l’Annexe I n’a eu le courage de prendre la parole. Le chairman du groupe de travail s’est même permis de se moquer de l’Australie qui après avoir demandé la parole s’est finalement ravisée.
Grand coup de diplomatie, les pays d’Afrique savent aussi jouer au Poker ! Mais des questions restent cependant en suspens : n’était-ce pas trop tôt pour sortir des armes si puissantes ? N’était-ce pas un grand coup de manipulation de la part des pays de l’OPEP ? Et enfin, comment les pays développés vont réagir à cette annonce ?
PS: fait très surprenant, l’Arabie Saoudite est venue soutenir en plénière cette sortie de salle. L’Arabie premier producteur mondial de pétrole.






As-tu des informations sur le pourquoi du retour du groupe aficain aux négociations? Ton article semble suggérer qu’il n’y a pas d’autre raison à son retour que de finir un coup diplomatique de nature à réaffirmer l’importance du groupe dans les pourparlers… les pays développés ont-ils accédé aux demandes du groupe africain?
La victoire, c’est le 60/40. Mais c’est surtout l’affirmation de l’Afrique comme un groupe important dans les négociations. Et ça, cela risque d’avoir un poids fondamental dans quelques semaines.
Et pour avoir parlé avec des délégués de l’Annexe I, ils sont particulièrement remontés !