Épluchage de l’Oignon Européenne à la conférence de Durban
L’importance de l’Union Européenne dans ces négociations est basée sur sa cohésion et sa capacité à ne parler que d’une seule voix. Alors que les négociations s’intensifient en cette deuxième semaine, les dirigeants européens devront mettre de côté leurs stratégies personnelles et se concentrer sur leur intérêt commun.
Les blocs de négociation régionaux et thématiques font parties du paysage traditionnel des négociations sur le climat. De la coalition dite du “parapluie” (rassemblant la plupart des pays développés hors Union Européenne) au groupe ALBA (Alliance bolivarienne pour les Amériques), leur nombre a augmenté au cours des dernières années alors que les pays impliqués dans les négociations recherchent la manière la plus efficace de faire valoir leurs positions. La fonction principale de telles coalitions est de créer une dynamique autour de ce qui constitue souvent pour leurs membres le plus petit dénominateur sur une question particulière.
La façon dont l’UE fonctionne dans ce processus va bien au-delà. Elle est en effet le seul bloc de négociation qui applique une discipline très stricte à ses membres de manière à ce qu’une seule position ne soit exprimée pendant les négociations. En pratique, cette cohésion entre les pays de l’UE signifie par exemple qu’un seul des 27 Etats membres, celui qui occupe actuellement la présidence tournante (la Pologne pour cette conférence), intervient dans les séances plénières sur la plupart des questions, tandis que les 26 autres délégations rester silencieuses. Les divergences de vues entre les différents États membres ne sont donc pas exprimées publiquement afin de ne pas nuire à la cohérence du message européen.
Afin d’être capable de travailler de cette façon, la position de l’Union européenne est le résultat d’un long processus de prise de décision interne. Pour tous les pays, les positions nationales sont le fruit d’arbitrages entre différentes branches du gouvernement. Sur la question du financement climatique, par exemple, les ministères de l’environnement des pays développés et ceux des finances ont très souvent un intérêt bien différent. Par conséquent, la position nationale d’un pays donné est déjà le fruit de compromis et de négociations se déroulant sur le plan national. La position de l’UE implique un niveau supplémentaire de prise de décision avant chaque réunion majeure à l’ONU afin d’accommoder les intérêts de ses 27 États membres (d’où la comparaison avec l’oignon). Cette année, le Conseil Européen (auquel les chefs de gouvernements de tous les Etats membres prennent part) a élaboré la position de l’UE six semaines avant le début de la conférence (vous pouvez trouver la position de l’UE telle qu’adoptée par le Conseil ici).
Ce processus de prise de décision requiert donc temps et énergie avant la conférence, mais il permet une fois les négociations lancées à pleine vitesse de conserver de donner à l’Europe plus de résonance à sa position. Ou plutôt, il place l’Europe dans une position avantageuse si et seulement si les états membres réfrènent d’exprimer leur point de vue national. Cette condition est sine qua non pour que probablement perdue dans la cacophonie ambiante entendue dans les salles de négociation.
En 2009, l’UE s’était laissée mettre à l’écart par les autres grands pays, permettant à la voix de ceux qui satisfont de l’absence d’engagements contraignant (au premier rang desquels figurent les Etats-Unis et la Chine).
Si l’Europe veut continuer à exister dans ce processus et éviter à nouveau un tel scénario, toutes les délégations et les gouvernements européens devront afficher tout au long de la semaine un soutien fort et inébranlable à la position commune de l’UE plutôt que de s’épancher dans les médias de manière désordonnée.
Les Européens comprennent-ils cet enjeu et travailleront ensemble pour leurs intérêts communs, ou commenceront-ils à peler “l’oignon européen” dans les prochains jours? Nous savons tous qu’une telle méthode fini tôt ou tard par des larmes. Sois assuré, cher lecteur, que ce projet continuera à travailler sans relâche afin de mettre à jour de telles stratégies hypocrites pour peu qu’un pays européen décidât de suivre cette voix.
Billet précédent par le même auteur.
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Sébastien Duyck
Passionate environmental advocate, PhD student (Human Rights and Environmental Governance). Following particularly UNFCCC, UNEP and Rio+20 processes









