Les négociations sur le climat, un processus maintenu sous perfusion à Doha

Imaginez un hôpital recevant un patient dont l’état empire jour après jour. L’équipe soignante se réunit chaque semaine, se consterne à la vue des symptômes empirant et s’accorde sur le traitement a appliquer. Mais, personne ne se porte volontaire pour administrer le remède. La réunion se conclut sur une discussion visant à identifier quel service pourra accueillir ce patient pour la semaine à venir, puis l’équipe soignante se sépare, se réjouissant d’avoir trouvé une solution temporaire pour ne pas encombrer les couloirs avec le lit de ce malade. Plus la situation dégénère, moins les membres du personnel ont la volonté de commencer à administrer le traitement sous leur responsabilité. Mais la routine s’installe et la réunion hebdomadaire ne porte bientôt plus que sur la gestion logistique du problème, ignorant complètement le patient lui-même et le traitement qui permettrait encore de changer la situation…

Hélas, comment ne pas faire le rapprochement entre cette situation et l’état des négociations sur le climat?

Prenant la plupart des commentateurs à contre pied, la commissaire Européenne pour le climat Connie Hedegaard a tenu à expliquer dans la presse européenne ce vendredi que la conférence de Doha s’est conclue de manière plutôt satisfaisante, considérant qu’il ne s’agissait dans tous les cas que d’une conférence transitoire vers le grand accord attendu dans trois ans. Il est vrai que nous savions depuis l’an dernier que les états ne comptaient pas conclure de nouvel accord international sur le climat avant 2015, accord qui ne devrait pas entrer en vigueur avant 2020 (tel avait été en effet la conclusion de la conférence de Durban). Depuis l’échec de la conférence de Copenhague en 2009, la communauté internationale se réunit donc chaque année pour une grande conférence quelques semaines avant Noël. On y discute de l’ampleur du changement climatique, de l’importance d’adopter des politiques ambitieuses au plus vite, puis les discussions se concentrent sur la façon dont on discutera les prochains mois. À Cancun, Durban puis Doha, très peu d’engagements ont donc été pris concernant de nouvelles réductions d’émissions ou le soutien aux communautés les plus affectées. Mais il faut se réjouir, nous explique-t-on, du fait que les discussions se poursuivent. Peu importe si la communauté scientifique ne cesse de nous répéter que nous ne pouvons plus attendre avant de prendre des mesures ambitieuses d’atténuation de nos émissions de CO2, nos représentants politiques se félicitent donc cette année encore d’être aussi peu avancés vers de réelles solutions qu’ils nous l’avaient promis.

Depuis Durban, nous avons ainsi épuisé un quart du temps disponible avant cette fameuse date butoir de 2015, sans aucun progrès marquant quant à la perspective d’un accord global. S’il est un gouvernement qui devrait se soucier de ce temps perdu, c’est certainement le nôtre puisque François Hollande a décidé d’accueillir la conférence de 2015 lors de laquelle ce nouvel accord devrait être conclu. Le gouvernement français semble avoir commencé à prendre la mesure de la tâche, envoyant à Doha trois de ses ministres (L. Fabius, D. Batho et P. Canfin). La question est donc maintenant de savoir si la diplomatie française va rapidement faire du climat une priorité et si Paris et Bruxelles adopteront des politiques climatiques véritablement ambitieuses afin d’insuffler aux négociations internationales un nouveau souffle permettant une nouvelle dynamique. Sinon, les négociations continueront dans l’état léthargique dans lequel elles se trouvent, ouvrant la voix à un échec en 2015 qui éclabousserait inévitablement la stature internationale de la France et de l’UE.

La version originale de ce bulletin a été posté par le project L’Observ’alter.