Peut-on encore croire ? Ou espérer ?
Posted on 17. Dec, 2009 by Florent Baarsch in France, bits | View Comments

Un tête-à-tête entre les Chefs d'Etat et les médias
Me voilà normalement sortant dans mon dernier jour d’observation des négociations ici à Copenhague, peut-être même mon dernier jour de suivi des négociations sur le climat pour quelques mois voire quelques années. La frustration perpétuelle ne peut pas devenir un métier que l’on peut réellement souhaiter exercer, sauf à ne plus se rappeler pourquoi on est là. Après avoir passé plus d’un an à attendre ce moment, cette conférence qui devait être “la plus importante de l’Histoire de l’Humanité”, me voilà à ressentir des sentiments que je n’aurais jamais aimé ressentir. En un an, la chose climatique a fait de moi un “climate trotter” comme aime à se décrire Brice Lalonde : un an, cinq pays, deux continents. Ce bilan en tant que tel pourrait faire rêver, à présent il me désespère.
Le couperet peut sembler rapide à tomber, mais cette conférence est une catastrophe. Sur tous les points. Le seul espoir que l’on peut avoir à cette heure-ci c’est de ne jamais se souvenir de ce grand cirque climatique. Peut-être et je le souhaite encore, la dernière nuit de négociations nous donnera le traité qui permettra de “sauver le climat”, mais il est à présent peut-être permis d’en douter.
Aujourd’hui, les acteurs de l’échec ont fini de dresser la scène, la pièce a commencé, comme tous s’y attendaient.
Au cours de la nuit dernière, les deux textes principaux discutés ont été acceptés par l’ensemble des parties. Bonne nouvelle ? Cela le pourrait l’être si les américains n’avaient pas placé une parenthèse au début et une autre à la fin du texte. Cela signifie en language diplomatique alors clairement que les USA ne sont pas prêts à s’engager et qu’ils remettent en cause presque entièrement le texte en question.
Toujours dans les négociations, aujourd’hui a commencé ce que l’on appelle le “High Level Segment”, le truc pour VIP qui ont envie de se voir parler à la tribune des Nations Unies, pour la partie la plus importante de la conférence. Or, il semblerait qu’ils ont oublié que pour que l’on se souvienne de leurs discours, il faudrait qu’il y ait un accord. Sinon, hormis un grand numéro de clowns politico-climatique, on ne se rappellera pas de grand chose. Il y a tellement de discours à écouter, plus de 110 (!!) qu’en ce moment même des chefs d’Etat (soyons honnêtes de second rang) s’expriment devant une salle vide. Les rares personnes devant eux doivent être les membres de leur délégation officielle !
Du côté des ONG, rien n’a beaucoup changé, la plupart d’entre nous sont mis à la porte. Déjà deux organisations ont été exclues hier, quelques-unes l’ont été également aujourd’hui pour avoir organisé un sit-in dans le hall principal. Un sit-in de cinq minutes, l’exclusion d’une ONG. Disproportion ?
Mais probablement la pire nouvelle de cette journée fut à voir dehors. Des ONG plus extrêmes que celles présentes à l’intérieur ont décidé de venir manifester devant le centre de conférence dans l’espoir d’organiser une “assemblée des peuples” avec des participants de l’intérieur. Que l’on soit d’accord ou non avec le principe, la méthode de “dispersion” utilisée par les policiers danois a été plus que disproportionnée ou dit plus simplement extrêmement violente. Au moins 10 participants ont été envoyés à l’hôpital. N’étant pas là pour faire du sensationnalisme (je laisse ça à certains journalistes qui m’appellent) je vous laisserai chercher par vous-même la vidéo sur internet.
Le tête-à-tête que les Nations Unies et la présidence danoise sont en train d’organiser entre les médias (plus de 5 000 présents ici) et les chefs d’Etat m’inquiète au plus au point. La façon dont est traitée la question par les médias traditionnels est inquiétante principalement du fait de l’influence qu’il est possible d’avoir dessus. Sans vouloir critiquer inutilement les journalistes, comment comprendre l’issue d’un processus de négociations qui a commencé il y a deux ans à Bali, alors que certains d’entre nous même au bout de ces deux années n’y comprennent pas encore tout ?
Plus ou très peu d’observateurs, beaucoup de médias venus faire du “direct”, des chefs d’Etat venus faire une jolie photo de famille. Le tableau parfait pour la compromission de ma génération…
Réaction aux annonces de Nicolas Sarkozy
Posted on 17. Dec, 2009 by Florent Baarsch in France, bits | View Comments

Le Président de la République annonce ce qu'il appelle un succès
A présent que je suis en-dehors du centre de conférence, j’ai un peu plus de temps pour consulter ce que la presse internationale et française dit à propos de la Copenhague. Je me suis plus spécialement attardé ce matin sur un article du Monde parlant de l’interview donnée hier par Nicolas Sarkozy sur Canal+ . Des petites erreurs qui montrent une certaine impréparation mais encore excusables : “Rajendra Pachauri est prix Nobel d’Economie” alors qu’il a reçu le Prix Nobel de la Paix ou encore que la Chine émettra bientôt autant de CO2 par habitant que les américains (Chine 5 tonnes par hab et USA 24 tonnes par hab).
Disons que ces petites erreurs sont excusables, on ne peut pas forcément demander à un chef d’Etat qui se rend à la Conférence de Copenhague de connaître exactement tous les points qu’il va y être abordé. Mais, je lui conseille tout de même de connaître les personnes qu’il reçoit à l’Elysée !
Pendant la discussion, on apprend que pour Nicolas Sarkozy “Barack Obama est un bon partenaire” et surtout qu’il est d’accord pour la mise en oeuvre de l’équivalent d’une taxe tobin (le financement innovant) pour financer l’adaptation aux changements climatiques. Et il va même encore plus loin en annonçant que l’Union Européenne “met déjà sur la table 30% de réduction” de ses émissions pour 2020. Et bien entendu, en bon stratège partant en campagne, le président français a dit en parlant de la Chine : “nous (=les chinois a-t-il dit) on prend des engagements mais on ne veut pas être contrôlés internationalement”. En gros, s’il n’y a pas d’accord, ce n’est pas parce que les américains ont un objectif à seulement 4% de réduction, mais à cause de la Chine qui refuse d’être contrôlée.
Attardons-nous sur la partie la plus intéressante. Au cours de l’interview d’hier soir, Michel Denisot lui pose la question très simple et essentielle de savoir “qu’est-ce qu’un succès pour vous à Copenhague ?” Là, je tiens vraiment à saluer le journaliste pour cette question qui permet d’y voir plus clair à deux jours de la fin de la conférence. D’y voir plus clair mais pour un avenir toujours plus sombre. Un succès donc, pour Nicolas Sarkozy, devrait se résumer à quatre points majeurs :
- Il faut tout d’abord inscrire dans le texte la volonté des pays du Monde entier de limiter les changements climatiques sous la barre des 2°C d’augmentation de la température moyenne globale.
- Il faut ensuite s’accorder pour que les émissions globales soient réduites de 50% d’ici à 2050 par rapport à 1990.
- Il faut également qu’il y ait un accord pour des financements innovants pour l’adaptation aux changements climatiques.
- Enfin, il faut créer une organisation mondiale de l’environnement qui aura pour mission principale de contrôler l’effectivité des actions prises par les différents Etats.
Ce succès que nous a présenté Nicolas Sarkozy sera un vrai échec s’il reste en tant que tel. Premièrement parce qu’il n’y a aucun objectif de réduction annoncé pour 2020, alors qu’il est urgent d’infléchir rapidement la trajectoire des émissions des pays développés. Et deuxièment parce qu’il ne précise à aucun moment sur quel montant les Etats devraient s’accorder pour le financement de l’adaptation aux changements climatiques. Le chiffre de 100 milliards d’euros semble être celui-ci, sur lequel viennent de se mettre d’accord : les USA, l’Union Européenne et le soi-disant représentant de l’Afrique Meles Zenawi (ou Zelawi).
Enfin, dernier point, il n’a jamais fait mention de la forme qu’aura ce texte. Une simple déclaration politique accompagnée d’une jolie photo de famille ou bien un texte juridique.
Si l’on n’en reste à ces quatre points qui sont les mêmes que ceux que Meles Zelawi a signé en tant que représentant de l’Afrique, il apparait alors très clair que l’accord de Copenhague assurera toujours plus rapidement un réchauffement climatique bien supérieur à 2°C. Pour le souci de leurs discours, de leurs égos, et de leurs photos, les dirigeants du monde entier n’hésitent pas à sacrifier chaque jour un peu plus les jeunesses de leurs pays.
Monsieur Sarkozy, il n’est pas trop tard pour revoir ce que vous appelez un succès à Copenhague !
La COP15 devient folle!
Posted on 14. Dec, 2009 by Florent Baarsch in France | View Comments
Les choses se sont considérablement accélérées au centre de conférence des Nations Unies. Et cela, tant du côté des négociations que de la situation des ONG présentes à Copenhague.

Une personne semble manquer à la table
Concernant les négociations, c’est devenu une grande folie, si je peux utiliser une telle expression. En effet, un blog expliquant l’état des négociations posté à 11h, et devenu caduc seulement deux heures plus tard après le retour aux discussions des pays africains. Les responsables de cette conférence sont devenus quasi-invisible. A 11h30, Yvo de Boer devait s’exprimer face aux ONG pour l’habituel briefing. Dans la mesure où il était pris par des discussions informelles, il n’a pu venir. Il en fut ensuite de même pour une rencontre organisée à 13h. Le processus n’a jamais été aussi confus. Les informations partent dans tous les sens et il devient de plus en plus difficile d’avoir une vision claire, nette et précise de l’état des discussions. Il ne faut pourtant pas se méprendre, les négociations ne sont pas bloquées pour autant, elles sont juste informelles. Les négociations informelles sont un processus de partie à partie dans des réunions au cours desquelles sont abordées de points très particuliers pour trouver des solutions entre Etats.
A présent, les consultations ne sont plus menées ou qu’en partie menées par les négociateurs mais par les ministres qui vont affronter ou s’allier avec d’autres ministres sur des positions communes.

Entrée du centre de conférence ce matin
Au-delà de ce drama organisé des négociations, un autre jeu, encore plus suspect se joue ici. En effet, le nombre d’observateurs, donc d’ONG a été drastiquement réduit. De plus de 15 000 autorisées aujourd’hui, nous ne serons plus que 7 000 demain et mercredi puis 1 000 jeudi et enfin,… 90 personnes autorisées vendredi pour la plénière de fin. Le principe de participation de la société civile a été ainsi partiellement bafoué et a entraîné et une vraie frustration des ONG, mais également la mienne. Au sein de notre équipe, nous serons contraints de choisir qui aura le bon sésame, qui pourra aller dans le centre de conférence pour suivre les négociations.
Quoi qu’il en soit, comptez sur nous pour vous garder informés et au courant de ces négociations qui même si elles progressent lentement, progressent !





